Quelle est l’origine de la polémique ?
Le 2 mai 2017, le groupe d’opposition soumet au Conseil municipal de Gleizé une « question orale » demandant qu’une commission d’enquête indépendante soit mise en place pour faire toute la lumière sur la pollution du site Ile Porte. Le maire, M. de Longevialle, apporte un certain nombre de réponses, précisant qu’il avait eu peu de temps pour se renseigner, et que des informations complémentaires seraient fournies au prochain conseil (Cf. PV officiel sur le site de la mairie, p9).
Le 14 mai, GCS publiait sur sa page Facebook un commentaire (plutôt moqueur il est vrai) des réponses apportées par M. de Longevialle (lire ici).
Lors du Conseil municipal suivant (le 12 juin), M. de Longevialle s’insurge de notre réaction, et fait remarquer que ce dossier ne relève pas de la commune mais du SYTRAIVAL et de l’Agglo, ce qui ne l’a pas empêché de se renseigner plus avant. Et de fait, il apporte des informations supplémentaires sur le dossier (Cf. PV officiel sur le site de la mairie, p13).
Lors du Conseil municipal du 3 juillet, M. de Longevialle réitère sa demande pour que les propos « mensongers » de GCS soient « rectifiés » (Cf. PV officiel sur le site de la mairie, p13).

Les propos de GCS sont-ils « malhonnêtes » ?
M. de Longevialle affirme que sur notre site internet, « Les commentaires et propos affichés sur cette page sont malhonnêtes, ils laissent entendre que le maire n’a pas souhaité répondre aux questions de l’opposition lors du conseil de mai et que la mairie ne fait rien ».
Cette affirmation est très étonnante :
- D’une part, l’article consiste pour l’essentiel à critiquer les réponses apportées, donc comment pourrait-il laisser entendre que « le maire n’a pas souhaité répondre » ?
- D’autre part, la question orale posée était « pour faire toute la lumière sur cette affaire, ne conviendrait-il pas de mettre en place une commission d’enquête indépendante et transparente ? ». Or, en niant l’existence même d’un problème sanitaire et environnemental, M. de Longevialle indique sans ambiguïté qu’il n’a nulle intention de faire valoir sa qualité de Vice-Président de l’Agglo pour demander qu’une enquête soit diligentée.

Les informations complémentaires apportées le 12 juin sont-elles une avancée ?
M. de Longevialle a pris la peine de rechercher des informations précises à propos des dépôts illégaux de l’Ave Maria, en consultant notamment les services techniques de l’Agglo. Cependant, les informations apportées sont parcellaires et présentées sous un angle qui vise avant tout à rassurer la population. M. de Longevialle peut toujours reprocher à l’opposition « d’agiter un chiffon pour faire peur aux gens » (vieil argument dont usait déjà Mme Lamure…), il reste que le risque sanitaire et environnemental est bien réel, comme c’est également le cas pour les suites de l’affaire Metaleurop (intoxications au plomb) ou pour les sites Seveso 2 seuils haut présents au cœur de l’agglomération. Pour ceux qui en douteraient, nous conseillons la lecture de la « radiographie » que M. Andry a adressé à M. de Longeville, dans lequel il détaille point par point les erreurs qui figurent dans le PV du 12 juin (à lire ici).

Les propos de M. Andry sont-ils crédibles ?
Lors du CM du 3 juillet, M. de Longevialle mettait en garde le groupe d’opposition sur le fait que les propos de M. Andry étaient parfois « erronés » (affirmation non retranscrite dans le PV…).
Nous rappellerons que M. Andry, lanceur d’alerte habitant Arnas, a été à l’origine de la découverte du scandale Metaleurop, fin 1998. A cette époque déjà, on tentait de mettre en doute ses propos… Depuis, il a soulevé d’autres « lièvres » qui ont fait la une de la presse locale, dont notamment ces fameux dépôts illégaux à l’Ave Maria, ou l’existence de sites Seveso 2 seuil haut dans l’agglomération sans que les habitants n’en soient informés (Cf. article du Patriote ou le rapport de la commission d’enquête pour la modification du PLU, p10).
Sa méthode, précise et rigoureuse, consiste à visiter les lieux incriminés, à dénicher (parfois à grand peine) les documents officiels originaux, à demander des explications aux organismes officiels de l’Etat ou des collectivités territoriales, et à prendre l’avis d’experts scientifiques reconnus. Puis il fait part de ses analyses à l’ensemble des responsables administratifs, politiques et médiatiques, sans distinction.

Quels sont les points importants à retenir concernant cette pollution à l’Ile Porte ?
- Le dépôt sauvage et illégal de cendres et de mâchefers issus de l’usine d’incinération de Béligny a commencé dans les années 80. Il n’a été constaté qu’en 1992 par les services de l’Etat (Cf. rapport de référence BRGM qui en résulte), ce qui explique que son volume (au minimum 8.000 m3 dans la zone 1) et sa répartition géographique ne soient pas connus avec précision. A ce propos, on lira avec intérêt les motifs de la plainte déposée par le GFA Ave Maria contre la société Axima (disponible ici), qui montre bien la difficulté d’identifier les parcelles concernées. Les acteurs et/ou les complices de ces actes délictueux sont à chercher parmi les responsables de l'UIOM, les équipes municipales, les services techniques des collectivités locales et de l'Etat, ou encore des entreprises privées.
- Les mesures mise en œuvre pour éviter les infiltrations des polluants très toxiques dans le sous-sol perméable, ont été totalement insuffisantes, ce qui alimente une pollution chronique de la nappe alluviale jusqu’aux captages de Beauregard (Cf. l’annexe 6 de l’étude d’impact, au bas de la p41). Un dépôt a été déplacé hors d’une zone de crue décennale, mais il reste soumis à une crue centenaire. Ce nouveau dépôt a été entreposé sur un simple ‘bidim’, puis il a été ensuite recouvert de divers gravats par des camions, dont les passages ont fragilisé un géotextile aujourd’hui vieillissant. Des piézomètres ont été installés pour surveiller une partie de la zone, mais ils sont en nombre insuffisant et leur état est parfois défectueux faute d’entretien.
- Depuis, malgré les alertes répétées de M. Andry, aucune autorité légale ne semble vouloir reconnaitre l’ampleur de la pollution, alors qu’un vaste projet d’aménagement est prévu sur le site. Le cabinet d’étude chargé d’évaluer la situation est financé par le commanditaire du projet, ce n’est donc pas un organisme indépendant. Seule reconnaissance du problème : une partie du périmètre incriminé a été (provisoirement ?) retiré du projet d’aménagement.

Pourquoi l’opposition demande-t-elle la mise en place d’une commission d’enquête indépendante et transparente ?
- Les responsables des dépôts illégaux doivent être identifiés et répondre de leurs actes devant la justice.
- Les responsabilités quant à la mauvaise gestion de cette pollution doivent être établies (non-respect des préconisations du rapport BRGM, recouvrement illégal du dépôt, insuffisance notoire des mesures de surveillance, etc.).
- Il faut pouvoir connaitre avec précision l’ampleur et la répartition exactes de la pollution avant tout aménagement du site (pour rappel, la plaquette du projet évoque « un espace naturel de qualité, où il fera bon vivre, se promener en famille, ou travailler » !).
Le 23 février dernier, le Conseil communautaire a adopté à l’unanimité le dossier de réalisation de la ZAC de l’Ile Porte (Cf. PV officiel sur le site de l’Agglo), sans qu’aucun des conseillers présents ne demande d’éclaircissements sur la manière dont les sols vont être dépollués, ni sur le coût particulièrement élevé que cette opération va engendrer, et dont le bilan financier prévisionnel ne rend pas compte.
Cette aveuglement doit cesser. C’est pourquoi le groupe GCS au Conseil municipal de Gleizé demande à M. de Longevialle, maire de Gleizé et vice-président de l’Agglo, que toute la lumière soit faite sur ce dossier. Nous laisserons le mot de la fin à Julien Verchère, rédacteur en chef du Patriote beaujolais, qui concluait son article de mai 2015 ainsi : « Avec l'aménagement programmé de la zone de l'Ile Porte, près de 25 ans après les derniers apports de cendres, va-t-on enfin solder les comptes d'un passé écologique troublé ? » (lien).

(image : Etude d’impact EODD - annexe 7 : Diagnostic de la qualité des sols et des eaux souterraines)