En janvier 2015, la mairie de Gleizé décide de signer un « Protocole de participation citoyenne », plus connu sous le nom de « Voisins vigilants ». A l’époque, les élus de l’opposition avait émis les plus grandes réserves sur les dérives possibles d’un tel dispositif. Aussi la commune a-t-elle fait des efforts de communication pour contrer toute critique. Sur son site internet, on peut lire que les 28 voisins référents « sont des voisins attentifs qui veillent mais ne surveillent pas. En lien avec les forces de l’ordre, la Police Nationale et Municipale, ils signalent les faits ou les comportements inhabituels dans le quartier (passage de voitures inconnues, mouvements suspects, démarchages troublants…) ». Mieux, ces habitants particuliers contribueraient à tisser du lien : « voisins solidaires, ils ont également un rôle social qui permet de prévenir les services de la Mairie en cas de personne isolée ou en difficulté ».

Lors de la Commission Vie des quartiers du 9 juillet dernier, l’adjoint au Maire chargé de ce dossier évoque un dispositif « sur les rails », donnant lieu à de « nombreuses réunions » et même à des « ateliers pratiques permettant de créer de l’interaction ». Avant de conclure sur le constat d’une « baisse des méfaits sur les secteurs concernés ». Interrogé par nos soins, M. Yahyaoui précise qu’il s’agit d’une tendance exprimée par le Commandant de la Police nationale, mais que les chiffres ne sont pas rendus publics pour « éviter les mauvaises interprétations et/ou extrapolations ».

Alors peut-être bien que les panneaux « Voisins vigilants » apposés à l’entrée de certains quartiers sont dissuasifs. Peut-être bien aussi que, comme les caméras de surveillance, ils ne font que déplacer le problème ailleurs. Mais pour notre part, nous restons très réservés. Outre que ce dispositif créé de fait des différences entre les quartiers, il se substitue à des règles de droit commun, comme l’opération « tranquillité vacances et absence ». Il existe déjà des lois qui imposent à chaque citoyen de dénoncer les crimes ou délits dont il serait le témoin, ce qui pourrait utilement être rappelé en réunion publique.

Concernant la dimension « sociale », d'autres moyens sont possibles, comme le soutien à l'organisation de « fêtes des voisins », où la décentralisation de certaines animations, qui sont très (trop) concentrée au Bourg. Ce peut également être un rôle plus clairement dévolu aux réunions de quartier.

Alors contre le risque de suspicion et de dégradation des relations pouvant découler du dispositif « voisins vigilants », nous en appelons à une autre approche, que l’on pourrait nommer « voisins bienveillants », en cultivant un esprit de solidarité, d'échange et de partage, bref un esprit de citoyenneté, si cruellement mis à mal par l’individualisme qui caractérise notre société de concurrence et de consommation.